L’or, le rempart suprême contre l’inflation.


L’or, rempart ultime contre l’inflation

L'or, le rempart suprême contre l'inflation.

De tout temps, le métal jaune a été présenté comme un solide bouclier contre l’inflation. Il le doit à son caractère tangible et à sa rareté puisque, contrairement aux emprunts d’Etat, sa source n’est pas inépuisable. En vingt ans, la production minière du métal précieux n’a augmenté que de 35 % environ pour atteindre 3 400 tonnes en 2020. Il faut dire qu’extraire de l’or est devenu très coûteux en raison du renforcement des normes de sécurité dans les mines et des hausses de salaire consenties aux ouvriers. Seule la montée des cours a rendu nombre de gisements rentables.

En face, la demande n’a cessé de croître. D’abord avec les achats provenant des banques centrales, soucieuses de se doter d’un actif matériel pour conforter leur crédibilité. Puis sont venus se greffer les investisseurs, en quête de diversification de leurs placements et d’assurance tout risque face aux chocs de natures diverses.

L’ensemble de la demande d’investissement a porté sur 681 tonnes sur les neufs premiers mois de 2021, soit 58 % de moins qu’en 2020, qui était une année anxiogène. Dans le même temps, les achats émanant de la joaillerie, l’autre grosse composante du marché, ont bondi de 47 %, à 1 310 tonnes, grâce à la reprise de l’économie. Au-jourd’hui, c’est surtout la demande sous forme de placement qui conditionne l’évolution des cours de l’or. Et elle dépend de plusieurs paramètres.

Pour s’assurer contre les risques de marché, les investisseurs disposent de plusieurs valeurs refuge. L’or en fait partie, mais il y a aussi le dollar et les emprunts d’Etat, notamment américains. Il est rare que ces trois produits évoluent dans le même sens. Ainsi, une hausse du dollar par rapport aux autres devises entraîne souvent un repli des cours de l’once d’or par l’effet de vases communicants.

Ce phénomène s’est vérifié en 2021. En effet, le dollar a grimpé de plus de 8 % face à l’euro sur les douze derniers mois, porté par la perspective d’une meilleure rémunération des placements libellés en billet vert. Cela dans un contexte de probable durcissement de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (Fed). Parallèlement, ce scénario de hausse des taux s’est logiquement traduit par une remontée des rendements des bons du Trésor américain depuis un an, rendant le placement obligataire un peu plus attractif qu’il ne l’était dans un environnement de taux bas.

Une évolution liée à celles du dollar et des emprunts d’Etat

Si les obligations rapportent plus, l’or, en comparaison, ne procure aucun revenu (ni intérêt, ni dividende). Ceux qui l’achètent ne peuvent compter que sur une hypothétique plus-value à la revente. La hausse combinée du dollar et des taux obligataires américains a par conséquent joué en défaveur de l’once d’or qui a reflué de plus de 5 % depuis janvier 2021.

La situation n’est pas figée pour autant. Pour que les rendements réels (défalqués de l’inflation) des obligations américaines continuent de s’apprécier, il faudrait que les prix à la consommation s’assagissent, ce qui va prendre du temps. Jerome Powell, le patron de la Fed, a lui-même supprimé le mot « transitoire » de son vocabulaire en évoquant l’inflation. Celle-ci restera alimentée notamment par les prix élevés de l’énergie.

Par conséquent, une envolée des rendements réels paraît peu probable. D’autant que, parallèlement, toute remontée des taux va se heurter à la question du financement de la dette. Et les Etats disposent d’une marge de manœuvre limitée au regard de leur endettement abyssal : plus de 28 000 milliards de dollars aux Etats-Unis, soit environ 130 % du PIB. Une charge qui n’est pas près de diminuer avec la mise en œuvre des plans de relance.

Les pays européens se trouvent dans une configuration similaire, à l’exception notable de l’Allemagne. Ces dérives budgétaires et l’explosion de la dette au niveau mondial qu’elles provoquent, comportent évidemment des risques majeurs pour le système financier. Et dans le scénario le plus noir d’une crise systémique comme celle survenue en 2011 avec la dette des Etats, seul l’or pourrait faire office de valeur refuge, tandis que les emprunts d’Etat et le dollar susciteraient de la défiance. A défaut d’offrir un quelconque rendement, l’or reste et restera donc pour longtemps le meilleur des anxiolytiques !

Données au 12.01.22. Source : Factset, Loomis FXGS.